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De l'appoximation du vocabulaire employé pour commenter les résultats du bac.

Avant les épreuves de rattrapage qui feront encore augmenter la proportion de reçus sur l'effectif global [qui passe l'examen], le taux de réussite au "bac" est de 78,4% dont 47% avec mention. Ce premier chiffre est en nette élévation par rapport à l'année précédente : + 2% environ. Il ne faut pas confondre ce résultat avec la proportion de lycéens d'une même génération qui décrochent le baccalauréat et qui est beaucoup plus réduite : de 61 à 64% ces dernières années. La distinction n'est pas nette dans tous les esprits, y compris les plus éclairés. La preuve dernièrement dans l'article "Education" de l'Etat de la France 2009-2010 où Maria Vasconcellos et Constance Daniel écrivent, page 59, "le taux de bacheliers dans une génération est passé de 5% en 1950 à plus de 83% en 2007" et produisent un tableau statistique qui contredit radicalement leur propos à la page suivante en montrant que 62,5% d'une génération a obtenu le bac en 2005. La faute est peut-être due à une faute de frappe ou une mauvaise relecture car les deux universitaires sont en théorie deux spécialistes reconnus de la question.

Il faut rappeler que le calcul n'est pas simple. La génération statistique est une abstraction qui revient à définir le "rapport du nombre de lauréats à la population total de cet âge" à partir d'une année de délivrance de diplôme et non d'une année de naissance. Ce genre de calcul est toujours un peu abstrait et crée naturellement des complications assez semblables aux maladresses qu'on peut lire ça et là sur le taux moyen de fécondité pour une génération.

Paris, la Seine-Saint-Denis et la Bretagne : inégalités ?

Sur le sujet du taux de réussite, accordons nous deux petites remarques. La première concernant les mentions à Paris et la deuxième concernant les résultats à quelques kilomètres de là, en Seine-Saint-Denis. Un cinquième des bacheliers parisiens a obtenu une mention Très Bien d'après Marie-Estelle Pech du Figaro (lire ici). Deuxièmement, dans le Monde daté du 8 juillet, Adrien Chauvin écrit : "Néanmoins, d'importantes inégalités face à la réussite de ce diplôme persistent à l'échelle nationale. Un lycéen breton a ainsi plus de probabilités de se réjouir à la vue des résultats qu'un francilien. De tous les départements, la Seine-Saint-Denis, malgré une légère amélioration ces dernières années, reste l'un des plus mauvais élèves au niveau national."

D'abord, du point de vue du vocabulaire (maladroit) employé par le journaliste du Monde, deux remarques s'imposent :

- la première est qu'il ne faut pas confondre inégalité et disparité. Il n'y a pas d'inégalité de traitement entre les "jeunes du 93" et ceux de Bretagne puisque les épreuves sont les mêmes. En revanche, il y a une disparité dans les résultats qui provient (en théorie) d'un travail de valeur inégale le jour de l'examen. L'expression "inégalité face" est employée à très mauvais escient puisqu'elle fait penser qu'il s'agit d'une discrimination, ce qu'on ne peut pas déduire d'un taux d'admission.

- Deuxièmement, on ne peut pas écrire qu'un lycéen "a plus de probabilités" de faire une chose ou une autre. Les probabilités sont une science, peut-être faut-il le rappeler, qui possède un vocabulaire précis dont le mot "chance" fait partie. Il faut donc dire qu'un lycéen "a plus de chances" même si ce terme est clairement polysémique... surtout quand on a une "chance" d'échouer à obtenir à son examen.

Ce lapsus entre disparité de répartition et inégalité est malheureusement la marque du syndrome de l'homme pressé qui décrit des résultats en même temps qu'il les commente. Ce n'est certes pas très grave et il ne faudrait pas en tirer la conclusion que le "niveau des journalistes" baisse car cela poserait des problèmes statistiques encore plus importants.

Note :

1. Photo de Fred Dufour extraite de : http://www.lexpress.fr/medias/376/baccalaureat-bac-examen_188.jpg