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Le malheureux mot "patois" a encore ses adeptes.

Avant d'émettre la plus petite critique, il est important de prendre connaissance de l'article paru dans la Dépêche du Midi le 28 juillet 2009, "Le patois cathare a son gardien des traditions (lire ici)", dont voici l'intégralité (en bleu) :

Villefranche-de-Lauragais.

Le patois cathare a son gardien des traditions.

Raymond Cesses y travaille depuis 20ans.

Pour les habitants villefranchois sagement enracinés dans le Lauragais depuis plusieurs décennies, Raymond Cesses est une figure bonhomme du terroir avec plus de 30 ans passés au dépôt familial de « La Dépêche du Midi », fondé par ses grands-parents en 1881.

Aujourd'hui, à 82 printemps, Raymond occupe sa retraite loin de la maison de la presse villefranchoise, qu'il a développé avec passion pour méditer avec ses amis pieds-noirs narbonnais face à la mer, les souvenirs du littoral algérien bien à la surface d'une mémoire vive. Ce temps de libre penseur, Raymond l'a mis au profit d'un projet très personnel, exhaustif et laborieux de sauvegarde de sa langue natale, le patois cathare, qui tire ses origines du piémontais.

Cinq thématiques

En ce jour estival, près de 20 ans de recherche et de collation ont abouti à la rédaction d'un lexique du patois, qui selon l'auteur « opte pour un classement thématique et une écriture phonétique de la langue d'Oc, étant donné qu'elle ne possède pas de magistrature comme celle de l'Académie française ». Ce travail de fourmi orfèvre a pris corps et se présente sous la forme d'un recueil riche de plusieurs milliers de références.

Le glossaire est rythmé par cinq thématiques : culture française-culture cathare, langue française-patois cathare, patois cathare-langue française,

plaisanteries-moqueries-railleries-insultes et mots anglais issus de la langue d'Oc. Sur les feuilles, les plus croustillantes (4e partie) qui sentent bon les veillées d'antan retentissent des « cabourt, caduc, cagaillous », des « coudéno, couillart, counéflo » ou encore des « bourmellous, pagaillous, troufignous » aux échos populaires pittoresques, fleuris et attendrissants. Fervent partisan de l'instauration d'une « académie languedocienne pour la diffusion, la propagation de ses messages culturels en langue d'Oc », Raymond Cesses se prend à rêver aux côtés de ses compères piémontais et imagine son patois inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. En s'appuyant sur son formidable et généreux ouvrage de lexicographe amateur, il y a tout de même une belle matière à espérer. Si vous avez des contacts d'éditeurs à proposer à Raymond Cesses, n'hésitez pas à le contacter au 04 68 41 69 77.


Nul doute que M. Cesses a été assailli de coups de teléphone après un article autant élogieux...

Jusqu'à quand l'inculture littéraire servira-t-elle d'étalon aux braves gens ? L'article est navrant à plus d'un titre : "patois cathare, qui tire ses origines du piémontais" ; R.C. "imagine son patois inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco"... Depuis quand le piémontais est-il l'origine des langues d'oc ? Peut-être fallait-il lire le latin ? L'autre phrase illustre bien la condescendance de l'auteur de l'article. Il serait utile qu'un journaliste de métier relise ce qu'écrivent leurs stagiaires estivants...

Il est utile de rappeler que les langues d'oc (du gascon au catalan en passant par le languedocien) sont des langues qui, indépendamment de la reconnaissance de l'UNESCO, font déjà partie du patrimoine mondial littéraire. Elles n'ont pas non plus attendu leur inscription dans la constitution pour faire partie du patrimoine français... Quelqu'un à la dépêche du Midi a-t-il entendu parler de la littérature courtoise ? Visiblement pas. La marche pour l'inscription de la langue d'oc au patrimoine mondial de l'UNESCO est évoquée en creux mais la signification en est galvaudée. Elle ne tendait pas à inspirer la pitié pour qu'on reconnaisse enfin nos paûûûvres patois mais à poser la question de la sauvegarde de "la lengo nostro" à une échelle plus importante que la nation. Le prix Nobel de Frederi Mistral (pour ne parler que du plus célèbre et du plus marquant) suffit à prouver une fois pour toutes que, malgré les médisances, les textes en langues d'oc de la période moderne ont toujours un caractère universel...

Quant à savoir si seuls les habitants villefranchois sagement enracinés dans le Lauragais depuis plusieurs décennies parlent patois... Que répondre ? Il ne faut pas confondre la généalogie et la culture. Les langues d'oc sont vivantes, elles ont beaucoup évolué et continuent de le faire car parler est un acte vivant ! Il ne s'agit absolument pas de garder des traditions contrairement à ce que croit le journaliste candide qui a écrit l'article. Un tel raisonnement aboutirait à dire que tout professeur de français qui ferait lire un texte plus ancien que les Particules élémentaires de Michel Houellebecq serait un gardien du patrimoine des personnes de nationalité française enracinées dans leur terroir... Le mot "universalité" a tellement été employé en France qu'il est surprenant de s'apercevoir à quel point ce mot n'a jamais été compris, surtout vis-à-vis des langues ! 

Ce n'est plus la peine d'ajouter une ligne. Au nom de la culture universelle, arrêtez d'imaginer que les langues sont là pour diviser les hommes et que toute forme de diversité est une excentricité rurale. Voilà typiquement le genre de fausse proximité qu'entretiennent les journaux de province avec leur lecteurs et qui les conduit à rendre compte d'un événement tout en s'en moquant profondément

PS : Le terme patois peut être employé dans un sens péjoratif ou affectif. Les canadiens ou les suisses parlent souvent de patois avec le deuxième sens contrairement aux français. Il semble d'ailleurs que Raymond Cesses et le journaliste ne l'emploient pas avec les mêmes arrières-pensées.