Histoire-Géographie.com

02 septembre 2009

Pas de répercussion pour la "répercution".

Le mot "répercution" est de plus en plus présent sur la toile bien qu'il soit tout à fait impropre. Seul le mot "répercussion" est valable, n'en déplaise au correcteur Word qui n'en souligne aucun !

D'où viennent les deux "s" ? Il ne s'agit pas d'une bizarerrie mais d'une écriture étymologique à partir du latin : en effet, "répercussion" découle de "repercussus" alors que le verbe "répercuter" provient de "repercutere".

Le français sera toujours une langue néo-latine...


19 août 2009

Si ce n'est patois, c'est donc ton frère !

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Le malheureux mot "patois" a encore ses adeptes.

Avant d'émettre la plus petite critique, il est important de prendre connaissance de l'article paru dans la Dépêche du Midi le 28 juillet 2009, "Le patois cathare a son gardien des traditions (lire ici)", dont voici l'intégralité (en bleu) :

Villefranche-de-Lauragais.

Le patois cathare a son gardien des traditions.

Raymond Cesses y travaille depuis 20ans.

Pour les habitants villefranchois sagement enracinés dans le Lauragais depuis plusieurs décennies, Raymond Cesses est une figure bonhomme du terroir avec plus de 30 ans passés au dépôt familial de « La Dépêche du Midi », fondé par ses grands-parents en 1881.

Aujourd'hui, à 82 printemps, Raymond occupe sa retraite loin de la maison de la presse villefranchoise, qu'il a développé avec passion pour méditer avec ses amis pieds-noirs narbonnais face à la mer, les souvenirs du littoral algérien bien à la surface d'une mémoire vive. Ce temps de libre penseur, Raymond l'a mis au profit d'un projet très personnel, exhaustif et laborieux de sauvegarde de sa langue natale, le patois cathare, qui tire ses origines du piémontais.

Cinq thématiques

En ce jour estival, près de 20 ans de recherche et de collation ont abouti à la rédaction d'un lexique du patois, qui selon l'auteur « opte pour un classement thématique et une écriture phonétique de la langue d'Oc, étant donné qu'elle ne possède pas de magistrature comme celle de l'Académie française ». Ce travail de fourmi orfèvre a pris corps et se présente sous la forme d'un recueil riche de plusieurs milliers de références.

Le glossaire est rythmé par cinq thématiques : culture française-culture cathare, langue française-patois cathare, patois cathare-langue française,

plaisanteries-moqueries-railleries-insultes et mots anglais issus de la langue d'Oc. Sur les feuilles, les plus croustillantes (4e partie) qui sentent bon les veillées d'antan retentissent des « cabourt, caduc, cagaillous », des « coudéno, couillart, counéflo » ou encore des « bourmellous, pagaillous, troufignous » aux échos populaires pittoresques, fleuris et attendrissants. Fervent partisan de l'instauration d'une « académie languedocienne pour la diffusion, la propagation de ses messages culturels en langue d'Oc », Raymond Cesses se prend à rêver aux côtés de ses compères piémontais et imagine son patois inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. En s'appuyant sur son formidable et généreux ouvrage de lexicographe amateur, il y a tout de même une belle matière à espérer. Si vous avez des contacts d'éditeurs à proposer à Raymond Cesses, n'hésitez pas à le contacter au 04 68 41 69 77.


Nul doute que M. Cesses a été assailli de coups de teléphone après un article autant élogieux...

Jusqu'à quand l'inculture littéraire servira-t-elle d'étalon aux braves gens ? L'article est navrant à plus d'un titre : "patois cathare, qui tire ses origines du piémontais" ; R.C. "imagine son patois inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco"... Depuis quand le piémontais est-il l'origine des langues d'oc ? Peut-être fallait-il lire le latin ? L'autre phrase illustre bien la condescendance de l'auteur de l'article. Il serait utile qu'un journaliste de métier relise ce qu'écrivent leurs stagiaires estivants...

Il est utile de rappeler que les langues d'oc (du gascon au catalan en passant par le languedocien) sont des langues qui, indépendamment de la reconnaissance de l'UNESCO, font déjà partie du patrimoine mondial littéraire. Elles n'ont pas non plus attendu leur inscription dans la constitution pour faire partie du patrimoine français... Quelqu'un à la dépêche du Midi a-t-il entendu parler de la littérature courtoise ? Visiblement pas. La marche pour l'inscription de la langue d'oc au patrimoine mondial de l'UNESCO est évoquée en creux mais la signification en est galvaudée. Elle ne tendait pas à inspirer la pitié pour qu'on reconnaisse enfin nos paûûûvres patois mais à poser la question de la sauvegarde de "la lengo nostro" à une échelle plus importante que la nation. Le prix Nobel de Frederi Mistral (pour ne parler que du plus célèbre et du plus marquant) suffit à prouver une fois pour toutes que, malgré les médisances, les textes en langues d'oc de la période moderne ont toujours un caractère universel...

Quant à savoir si seuls les habitants villefranchois sagement enracinés dans le Lauragais depuis plusieurs décennies parlent patois... Que répondre ? Il ne faut pas confondre la généalogie et la culture. Les langues d'oc sont vivantes, elles ont beaucoup évolué et continuent de le faire car parler est un acte vivant ! Il ne s'agit absolument pas de garder des traditions contrairement à ce que croit le journaliste candide qui a écrit l'article. Un tel raisonnement aboutirait à dire que tout professeur de français qui ferait lire un texte plus ancien que les Particules élémentaires de Michel Houellebecq serait un gardien du patrimoine des personnes de nationalité française enracinées dans leur terroir... Le mot "universalité" a tellement été employé en France qu'il est surprenant de s'apercevoir à quel point ce mot n'a jamais été compris, surtout vis-à-vis des langues ! 

Ce n'est plus la peine d'ajouter une ligne. Au nom de la culture universelle, arrêtez d'imaginer que les langues sont là pour diviser les hommes et que toute forme de diversité est une excentricité rurale. Voilà typiquement le genre de fausse proximité qu'entretiennent les journaux de province avec leur lecteurs et qui les conduit à rendre compte d'un événement tout en s'en moquant profondément

PS : Le terme patois peut être employé dans un sens péjoratif ou affectif. Les canadiens ou les suisses parlent souvent de patois avec le deuxième sens contrairement aux français. Il semble d'ailleurs que Raymond Cesses et le journaliste ne l'emploient pas avec les mêmes arrières-pensées.

14 août 2009

Christine Jousset et Erwan Redon font condamner l'Etat.

Lu dans le Le Nouvel Obs :

Le tribunal administratif de Marseille a donné raison jeudi à deux "professeurs désobéisseurs" de l'école des Convalescents, dans le centre-ville de Marseille, auxquels leur administration avait retiré 32 jours de salaire sur trois mois de travail, au prétexte qu'ils n'avaient pas effectué le travail requis, a-t-on appris auprès de leur avocat, Me Sophie Semeriva.

Le juge des référés a suspendu les trois décisions de retrait prises le 14 avril dernier. Le tribunal administratif estime dans ses attendus qu'"en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que les modalités des obligations de service n'ont pas été exécutées est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée".

Erwan Redon et Christine Jousset ont également fait condamner l'Etat à leur verser à chacun la somme de 1.000 euros.

Les deux enseignants refusaient d'appliquer l'"aide personnalisée" prônée par le ministère de l'Education et dont ils contestent les vertus pédagogiques. A la place, ils avaient instauré des "ateliers éducatifs du Midi". Pour eux, les directives nationales ne visent qu'à supprimer les maîtres spécialisés. AP

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07 août 2009

Les "désobéisseurs" saisissent le tribunal administratif.

Nouvel élément dans la guerre des nerfs qui oppose l'Education Nationale à ses fonctionnaires "désobéisseurs" : ces derniers viennent de saisir le tribunal administratif pour demander que les 32 jours de salaires que leur employeur a décidé de leur prélever leur soient versés. Le tribunal administratif de Marseille rendra sa décision la semaine prochaine.

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22 juillet 2009

Il n'y a plus de dopage dans le cyclisme.

Qui n'a pas entendu cette phrase ? Les Tours de France des années 1970 ont été courus à des vitesses moyennes oscillants entre 33 et 37 km/h. Il est en de même jusqu'en 1988 où un coureur, déclaré positif mais non exclu de la course, Pedro Delgado l'emporte à une vitesse moyenne d'un peu moins de 39 km/h. Le vainqueur du Tour 1992 est le premier à passer la barre des 39 km/h, celui de 1999, la barre des 40 km/h. Le Tour 2005 est bouclé par son vainqueur à plus de 41 km/h. A quoi sont dus ces résultats ? Simples améliorations techniques ? Beau temps engendré par le réchauffement climatique ? Meilleure aération des casques ? L'invention de chaussettes qui refroidisent les pieds ? Charly Mottet, si on en croit les livres de Willy Voet ou de Bassons, a été surpris des nouvelles cadences et a compris que le cyclisme venait de changer d'époque au tournant des années 1990. Nous savons très bien depuis 1998 à quoi étaient dues ces performances et visiblement, les choses ne font qu'empirer...


21 juillet 2009

Les débuts du Tour de France, une affaire de com'

Le Tour de France est une compétition cycliste qui débute en 1903 sous l'impulsion d'Henri Desgranges et du journal l'Auto, devenu l'Equipe. Il est retransmis par plus de 70 chaînes de télévision en fonction des années (la chaîne publique allemande a boudé la retransmission pendant les dernières affaires de dopage). Pourtant, à la fin du XIXe siècle, c'est un autre journal qui domine le marché : le Vélo. Mais les positions dreyfusardes de son patron, Pierre Giffard, font fuir les annonceurs qui décident en représailles de créer le journal l'Auto-Vélo dirigé par Henri Desgranges. Alors que le Vélo est publié sur papier vert, Desgranges fait éditer le sien sur papier jaune. Une guerre s'engage entre les deux titres et Desgranges perd le procès qui l'oppose à Vélo et se trouve contraint de renommer l'Auto-Vélo en l'Auto tout simplement. Desgranges doit alors trouver un moyen de contrer son principal concurrent et reprend le projet de Géo Lefèvre qui ambitionne de créer un tour de la France par étapes. Le Tour est un excellent laboratoire pour les médias au cours du XXe siècle : le premier reportage radiophonique en direct a lieu en 1930, les premiers reportages en direct télévisuels ont lieu dans les années 1960. Le journal l'Equipe reste évidemment un média phare de l'épreuve, lui qui a créé cette épreuve en raison de l'absence de grand rendez-vous sportif pendant l'été est toujours très dépendant de sa couverture estivale. Le cyclisme moderne ne permet plus aux leaders de grandes échappées en montagne mais qu'à cela ne tienne, les médias créent toujours des champions même si ceux-ci ne font plus réellement rêver personne.

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Une voiture publicitaire pour un horrible saucisson industriel... pouah !

08 juillet 2009

Pour y voir plus clair dans les résultats du baccalauréat...

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De l'appoximation du vocabulaire employé pour commenter les résultats du bac.

Avant les épreuves de rattrapage qui feront encore augmenter la proportion de reçus sur l'effectif global [qui passe l'examen], le taux de réussite au "bac" est de 78,4% dont 47% avec mention. Ce premier chiffre est en nette élévation par rapport à l'année précédente : + 2% environ. Il ne faut pas confondre ce résultat avec la proportion de lycéens d'une même génération qui décrochent le baccalauréat et qui est beaucoup plus réduite : de 61 à 64% ces dernières années. La distinction n'est pas nette dans tous les esprits, y compris les plus éclairés. La preuve dernièrement dans l'article "Education" de l'Etat de la France 2009-2010 où Maria Vasconcellos et Constance Daniel écrivent, page 59, "le taux de bacheliers dans une génération est passé de 5% en 1950 à plus de 83% en 2007" et produisent un tableau statistique qui contredit radicalement leur propos à la page suivante en montrant que 62,5% d'une génération a obtenu le bac en 2005. La faute est peut-être due à une faute de frappe ou une mauvaise relecture car les deux universitaires sont en théorie deux spécialistes reconnus de la question.

Il faut rappeler que le calcul n'est pas simple. La génération statistique est une abstraction qui revient à définir le "rapport du nombre de lauréats à la population total de cet âge" à partir d'une année de délivrance de diplôme et non d'une année de naissance. Ce genre de calcul est toujours un peu abstrait et crée naturellement des complications assez semblables aux maladresses qu'on peut lire ça et là sur le taux moyen de fécondité pour une génération.

Paris, la Seine-Saint-Denis et la Bretagne : inégalités ?

Sur le sujet du taux de réussite, accordons nous deux petites remarques. La première concernant les mentions à Paris et la deuxième concernant les résultats à quelques kilomètres de là, en Seine-Saint-Denis. Un cinquième des bacheliers parisiens a obtenu une mention Très Bien d'après Marie-Estelle Pech du Figaro (lire ici). Deuxièmement, dans le Monde daté du 8 juillet, Adrien Chauvin écrit : "Néanmoins, d'importantes inégalités face à la réussite de ce diplôme persistent à l'échelle nationale. Un lycéen breton a ainsi plus de probabilités de se réjouir à la vue des résultats qu'un francilien. De tous les départements, la Seine-Saint-Denis, malgré une légère amélioration ces dernières années, reste l'un des plus mauvais élèves au niveau national."

D'abord, du point de vue du vocabulaire (maladroit) employé par le journaliste du Monde, deux remarques s'imposent :

- la première est qu'il ne faut pas confondre inégalité et disparité. Il n'y a pas d'inégalité de traitement entre les "jeunes du 93" et ceux de Bretagne puisque les épreuves sont les mêmes. En revanche, il y a une disparité dans les résultats qui provient (en théorie) d'un travail de valeur inégale le jour de l'examen. L'expression "inégalité face" est employée à très mauvais escient puisqu'elle fait penser qu'il s'agit d'une discrimination, ce qu'on ne peut pas déduire d'un taux d'admission.

- Deuxièmement, on ne peut pas écrire qu'un lycéen "a plus de probabilités" de faire une chose ou une autre. Les probabilités sont une science, peut-être faut-il le rappeler, qui possède un vocabulaire précis dont le mot "chance" fait partie. Il faut donc dire qu'un lycéen "a plus de chances" même si ce terme est clairement polysémique... surtout quand on a une "chance" d'échouer à obtenir à son examen.

Ce lapsus entre disparité de répartition et inégalité est malheureusement la marque du syndrome de l'homme pressé qui décrit des résultats en même temps qu'il les commente. Ce n'est certes pas très grave et il ne faudrait pas en tirer la conclusion que le "niveau des journalistes" baisse car cela poserait des problèmes statistiques encore plus importants.

Note :

1. Photo de Fred Dufour extraite de : http://www.lexpress.fr/medias/376/baccalaureat-bac-examen_188.jpg

Erwan Redon (suite)

La Commission Administrative Paritaire Départementale (CAPD) chargée d'étudier et éventuellement de sanctionner Erwan Redon a été annulée par suite d'une erreur dans la rédaction de la convocation portant sur la notion d'"insuffisance professionnelle" (trop vague). Il reste en revanche à établir si ces refus répétés d'inspection et d'application des nouveaux programmes du primaire sont ou non des fautes professionnelles. Comme nous l'avons dit ici (lire), nous ne croyons pas qu'Erwan Redon puisse être renvoyé en raison du principe de l'impossibilité de punir un fonctionnaire plus durement qu'en proportion à la faute commise. Il restera à déterminer si son refus d'inspection est ou n'est pas étayé par un texte juridique (nous ne pensons pas que cela soit permis). Quoi qu'il en soit, la politisation de l'affaire (d'un côté comme de l'autre) décrédibilise déjà le résultat de la nouvelle commission, les uns accusant le ministère de faire la chasse aux syndicalistes et aux gauchistes, les autres de se dégager de l'obligation de neutralité. Affaire à suivre donc...

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01 juillet 2009

L'affiche moderne ou l'évolution vers la publicité.

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La publicité : une force dérangeante ou tranquille ?

Le titre de cette chronique aurait pu être "du placard à l'affiche" mais il aurait été abusif car le placard est, à notre sens, une forme bien spéciale d'affiche et nous n'en parlerons pas aujourd'hui. L'affiche moderne est une représentation sur grand format tiré en grand nombre d'exemplaires. Cette petite révolution se produit à partir des années 1850 mais n'arrive à maturité intellectuelle que de nombreuses années plus tard. Nous entendons par ce terme le moment où un langage efficace, épuré, universel,  a été créé et donc adapté à la communication de masse. Le purisme, le constructivisme et l'art abstrait ont joué un rôle important dans la création du langage publicitaire, n'en déplaise aux tenants de l'art pour l'art dont toutefois nous nous sentons proches.

De quoi est né le langage publicitaire ?

La publicité moderne dans son acception placardée (vous voyez nous revenons toujours aux placards même si nous parlons d'affiches...) a immédiatement demandé aux artistes de travailler à son service : Jules Chéret est connu presque uniquement pour ses affiches mais il est un artiste lithographe de talent, Paul Gauguin, Toulouse-Lautrec évidemment. Les affichistes appartiennent presque exclusivement à l'avant-garde artistique parce que les artistes académiques répugnent à voir galvaudé leur travail mais surtout en raison du potentiel dérangeant, voire subversif, de tout travail d'avant-garde. Il se forme une alliance objective comme dirait les marxistes. Le langage iconographique publicitaire est né de cette rencontre prolixe. 

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Un exemple.

Voici une affiche connue, celle de Steinlen (auteur de lithographies ouvriéristes remarquables et d'une magnifique édition de l'Internationale socialiste) au sujet des motocycles Comiot. Elle a été diffusée en 1899 et appartient de ce fait à la deuxième génération d'affiches, plus épurées, resserrées sur un sujet et réfléchies sociologiquement (le mot est aussi en train de faire son trou à cette époque). Etudions brièvement quelques aspects de son langage iconographique. Nous l'avons choisi parce qu'elle nous montre deux représentants de la France des campagnes, sur leur terre et près de leur clochet, en train de regarder passer une femme en motocyclette. Le traitement de la couleur est intéressant, le rouge pour la vitesse et le camaïeu gris pour les paysans légèrement accroupis, pour ramasser leurs légumes mais peut-être aussi pour l'angélus. La religion du progrès passe devant leurs yeux et les oies sont là pour alerter comme elles l'ont fait au Capitole pour d'autres envahisseurs : crrrouààà... Le progrès dans son alliance de la machine et de la libération du corps et des moeurs semble au pire déranger ces gens, au moins les intriguer. Bien entendu l'image de la femme libérée est fantasmagorique car il ne s'agit pas de montrer quelqu'un qui s'inscrit dans un rôle classique et majoritaire mais justement dans une avant-garde.

g_n_ration_mitterrandDu progrès dérangeant de Steinlen au progrès consensuel. 

Pour combler un tel divorce publicitaire entre le monde des villes et des campagnes, il faut un certain temps. La politique joue à merveille dans le registre de la conciliation, quand elle ne prend pas fait et cause contre le progrès. Dans le premier registre, les affiches électorales de François Mitterrand reprennent le langage déjà utilisé pour le détourner. Elles montrent tout le mal que ce sont donnés les socialistes pour modifier leur image de progressiste contestataire auprès des paysans. Cette affiche de 1988 nous présente précisément ce paysan autrefois gêné par les femmes en motocyclette regarder avec confiance son champ. Mais ce n'est pas de la publicité pour un produit mais pour un homme politique, nous aurions pu vous commenter des affiches commerciales (fromages, biscuits, etc.) mais le but est ici de montrer les liens qui unissent toutes les formes de communication et notamment concernant la mise en scène du monde paysan. 

Entre ces deux affiches séparées de 82 ans, il a existé de nombreuses campagnes publicitaires dans les années 50-60 qui ont montré comme l'a dit (à l'origine) Aristote que "le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous". Mobilité, mobilité ! Quand tu nous tiens ! La publicité est une force qui s'adapte au public qu'elle veut toucher. La présence presque effacée avec cette veste beige du candidat nous le démontre à loisir, tout comme les trois couleurs du drapeau national qui se répartissent harmonieusement. Les mêmes clichés employés par Steinlen sont ici inversés et déployés pour servir un discours radicalement opposé.

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30 juin 2009

Une Marianne anti-OGM.

Marianne_anti_ogmAprès la Marianne au drapeau rouge de la fête de l'Humanité, voici une autre représentation de l'allégorie républicaine par le dessinateur Lidwine (ci-contre). Deux traits sont remarquables et distinguent ce dessin du premier : le peu de personnes représentées et le sein heureusement découvert.

En effet, le fauchage volontaire a été perpétré par un petit nombre de citoyens et l'affiche rend compte d'une certaine manière de cet aspect pionnier en ouvrant la brêche dans le champ. Elle regarde derrière elle comme pour dire : Allez les autres, le sillon est tracé !

Deuxième remarque : le lien entre le sein maternel et la nourriture. Marianne est bonne mère, elle nourrit son peuple et il semble donc logique que ce soit elle qui s'avance accompagnée de son éternel Gavroche.

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A lire également sur ce blog : Analyse d'une e-affiche du journal l'Humanité (23 juin 2009)

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