Robert Lafont est mort.

Une amie a envoyé un mail ce matin pour prévenir que le linguiste Robert Lafont était mort hier. Nous nous associons à la peine de sa famille. La perte pour les occitanistes est immense. Il fut, quoi que l'on pense sur la qualité de son oeuvre, de ses travaux et de ses positions, une des personnes marquantes de l'histoire du Midi, un fantastique érudit. Il a été adulé par une partie des locuteurs d'oc qui ont vu en lui un intellectuel capable de donner un souffle politique à la revendication "occitane". Mais son livre de 1971, Décoloniser en France : les régions face à l'Europe fut une véritable déception, tout comme sa vraie-fausse candidature aux élections présidentielles de 1974 où les élus du Midi rouge ne se bousculèrent pas pour lui donner leur signature. Robert Lafont n'était pas, malgré ce qu'on a bien voulu lui faire croire, un homme politique. En tous cas, il faut lui reconnaître le mérite de ne pas avoir cherché à politiser à outrance l'IEO. Malheureusement, des difficultés au sein de cette association l'ont obligé à la quitter en même temps que le courant "universitaire" qu'il représentait en 1981 (on ne peut pas s'écarter de la ligne impunément là-bas non plus...) En fait ce geste était le pendant de celui de Felix Castan mis en minorité quelques années plus tôt. Derrière cet affrontement, il y avait une lutte d'influence importante pour définir la position de l'IEO, changer les rapports économiques avant de reconquérir la langue (Castan) ou se concentrer sur la langue et ne pas mélanger le Parti Occitan avec l'IEO (Lafont). Maintenant que Robert Lafont est mort, il semble évident que personne n'a jamais écrit cette histoire, surtout pas Laurent Abrate, chantre de l'histoire officielle. L'IEO n'aime pas revenir sur ces faits passés qui resteront donc toujours dans l'ombre.

Ne croyez pas, cher lecteur, que notre propos est irrévérencieux mais nous ne pouvons pas rendre hommage à un homme si contrasté en ne traitant que sa partie éclairée. Robert Lafont laisse une oeuvre considérable (plus d'une centaine d'ouvrages) dont dernièrement les très intéressants Lo viatge grand de l'Ulisses d'Itaca (Lou viage grand de l'Ulisse d'Itaco...) et son essai sur l'Etat et la langue. Il fut le grand artisan de l'écriture occitane et de son adaptation pour le Provençal. Relisons ses livres, ce sera le plus bel hommage qu'on puisse lui faire car une page se tourne et avec elle une grande partie des débats qu'il a animé. Quelle tristesse.

A lire sur ce blog : Mort de Robert Lafont (suite)