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Faites vérifier la qualité de l'air... comme vous le dit F.-V. Raspail.

Il est beaucoup d'idées "neuves" qui sont très anciennes. La mise en place des normes d'isolation visant à faire des économies d'énergie met "la qualité de l'air intérieur" sur le devant de la scène à cause du manque d'aération que la hantise de la perte d'énergie ne manque pas de produire. Est-ce pour autant un phénomène récent comme chacun semble le dire ? Faut-il s'en inquiéter ?

« Selon l’observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), la concentration de polluants est plus CMEIimportante dans les habitations qu’au dehors ! Ce qui est très inquiétant, quand on sait que l’on passe entre 70 et 90% de nos journées en milieu clos, à la maison, au travail ou dans les transports. » (1) Mais qu'y a-t-il d'étonnant ? La méfiance envers l'air mal renouvelé est une des préoccupations cardinales de nos aïeux depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle. La médecine galénique a eu pour souci principal la qualité de l’air. D’où les vastes salles de nos anciens hôpitaux et nos vieilles maisons de grands-mères aux hauts plafonds. Dire qu’aujourd’hui certaines personnes n’ouvrent jamais les fenêtres et respirent à pleins poumons la peinture fraiche, les parfums d’ambiance, les désodorisants, quand ce n’est pas la cigarette du conjoint ou des parents quand on est enfant… Ouvrez les fenêtres et ne respirez pas n’importe quoi ; « de la lumière » dirait Kant et « du grand air » dirait Rousseau.

Votre conseiller en environnement intérieur.

RaspailSi vous êtes dans la nécessité allergique de faire venir quelqu’un pour contrôler l’air de votre maison, appelez le Conseiller médical en environnement intérieur (CMEI), il vous en coûtera 300€ si vous n’avez pas d’ordonnance. Sinon, lisez quelques pages du Manuel-Annuaire de François-Vincent Raspail et faites temporairement de votre entendement votre propre médecin, selon le rêve de Kant ou de Tissot. F.-V. Raspail publiait chaque année une actualisation de son manuel de médecine domestique (entendez automédication) qui devait permettre aux plus pauvres de se soigner car la médecine officielle n’était pas à la portée de toutes les bourses.

L’air pur est le pain de la respiration.

Parmi les neuf écueils de la santé (2), Raspail citait en premier la pureté de l’air (nous dirions la qualité aujourd’hui) : « - Le manque ou l’impureté de l’air que nous respirons, c’est-à-dire l’asphyxie au premier et au dernier degré, et l’empoisonnement miasmatique. La plus petite altération dans la constitution atmosphérique, au sein de laquelle nous sommes condamnés à vivre, se traduit par un trouble dans nos fonctions et peut devenir le germe de nos maladies. L’air pur est le pain de la respiration ; nous vivons d’air comme d’aliments. » Comme cela est bien dit, on comprend par ses mots simples une partie de l'aura du "médecin des pauvres" : arrêtez de vivre dans les moisissures ou entourez de peintures au plomb, vous en mangez ! Leur dit-il en substance, et cela au propre comme au figuré s'il s'agit d'un enfant qui touche à tout comme nos charmants bambins savent bien faire. Bien entendu, F.-V. Raspail n'est pas le premier à avoir dit cela mais son influence grâce à ses publications est la plus large. Quand la République a succédé à l'empire, cet ami intime de Léon Gambetta a été largement élu député par les ouvriers de la Guillautière de Lyon puis de Marseille en grande partie pour les avoir conseillé via son Manuel-Annuaire de la santé.

Certes l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) est une institution qui n’a que peu à voir avec les théories de la médecine du XIXe siècle mais les conseils qu’elle prodigue via des magazines comme Femme Actuelle (1) nous font penser qu’un siècle plus tard la vigilance sur l’air intérieur est toujours de mise et que Raspail est bien un des pionniers de l'hygiène moderne, tout comme Galien quelque temps avant...

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1. Référence ultime : « Je fais analyser la qualité de l’air », Femme actuelle, n°1290, 15-21 juin 2009, page 92. / 2. François-Vincent Raspail, Manuel annuaire de la santé pour 1878 ou médecine et pharmacie domestiques, Paris-Bruxelles, 1878, 438 pages, citation de la page 12.

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