Lionel_Jospin

Lionel Jospin répond à Vincent Duclert.

Les arguments.

Voici une présentation des principaux arguments de Lionel Jospin en réponse aux thèses défendues par Vincent Duclert dans son livre, La gauche devant l'histoire, à la reconquête d'une conscience politique (Seuil, 2009). [Voir article dans ces carnets : Pourvu que le débat ait vraiment lieu !]. Cela donnera lieu ensuite à deux remarques.

Les arguments.

  • Selon L. Jospin, Vincent Duclert opposerait fictivement la "deuxième gauche" au PS notamment en passant sous silence qu'il a été le numéro 2 du gouvernement Rocard en 1988. L. Jospin dénonce aussi une volonté chez V. Duclert "d'effacer François Mitterrand de l'histoire récente de la gauche".

  • Il n'y aurait pas de rupture du Parti Socialiste avec son histoire dans les années 1990. L. Jospin cite son travail en amont publié dans les brochures de formation sur l'histoire du socialisme. Il rappelle utilement qu'il est l'auteur d'un discours remarqué sur le chemin des Dames (11/11/1998).

  • Pour L. Jospin, Vincent Duclert mélange les genres, il confond le travail d'historien et de polémiste. Il lui reproche aussi d'idéaliser le passé (notamment Jaurès et d'oublier la faillite de la SFIO en 1914).

  • L. Jospin conclut qu'il n'y a pas de coupure entre les intellectuels et le socialisme et que le désastre du "21 avril" [aucun candidat socialiste au second tour de l'élection présidentielle] a aussi comme cause des éléments plus terre à terre comme la division de la gauche autour d'un trop grand nombre de candidats. 

Remarques.

Deux arguments majeurs dans cette lettre peuvent être retenus pour commencer une critique constructive du livre de Vincent Duclert. En premier lieu, l'intérêt que porte Lionel Jospin à l'histoire contredit clairement la thèse selon laquelle le PS a oublié son histoire. Deuxièmement la faiblesse conceptuelle de la définition "duclérienne" de la "seconde gauche" peut porter préjudice à la reception de ce livre. 

Concernant le premier point, il est indéniable que le discours sur les mutins du chemin des Dames a été un discours courageux pour une "grande cause" alors que Vincent Duclert, page 11, écrit : "Que la SFIO après 1945 puis le Parti Socialiste à partir de 1971 n'aient pas embrassé de grandes causes, susceptibles de forger des identités politiques durables, à l'exception de quelques combats emblématiques comme l'abolition de la peine de mort avec Robert Badinter, ne signifie pas que ces enjeux majeurs n'aient pas existé." La place dans l'histoire nationale des mutins de 17 est-elle une grande cause ? On peut le penser et L. Jospin semble marquer un point sur ce sujet en montrant aussi qu'il connaît bien l'historiographie sur la question (Nicolas Offenstad ou le général André Bach).

La critique de l'opposition systématique PS / "deuxième gauche" parait aussi fondée même si cette fois-ci, il semble que L. Jospin caricature les propos de V. Duclert. De plus, ses critiques ne répondent qu'en partie aux thèmes abordés par l'historien qui analyse l'histoire politique de la gauche de manière plus fine que ce que L. Jospin veut faire croire. Enfin, qui peut nier qu'il existe un affaiblissement de la conscience politique socialiste ? De cela Lionel Jospin se garde bien de parler...

Lire aussi dans ses carnets : Pourvu que le débat ait vraiment lieu !