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Elections européennes : Pourquoi Chevènement est marginalisé.

Il est paradoxal de constater qu'une élection européenne met en difficulté Jean-Pierre Chevènement. Son parti, le MRC, n'a trouvé d'accord ni avec le Front de Gauche (FdG), ni avec le Parti Socialiste. Il faut dire que chez ce dernier, les malentendus ont été nombreux ces dernières années : Lionel Jospin lui a fait porter la responsabilité de son éviction prématurée lors de l'élection présidentielle de 2002 et que Bernard Henri-Lévy ("conscience morale" mais non adhérent) avait surenchéri pour celle de 2007 à cause cette fois de la trop grande proximité du président du MRC avec la candidate Ségolène Royal. Le PS de Martine Aubry, fruit d'un si savant équilibre, n'avait donc aucune raison de l'appeler pour resserrer ses rangs même si les listes du parti rassemblent des partisans du "oui" et du "non" au traité de Lisbonne. Quant au Front de Gauche (PCF, PG et "unitaires"), plus homogène idéologiquement et opposé au traité dit "constitutionnel", l'entente ne s'est pas non plus réalisée.

Stratégiquement seul, Jean-Pierre Chevènement faisait part le 14 mai, dans un communiqué, de son choix d'appeler à voter blanc ou nul aux élections européennes. Officiellement, les deux raisons étaient l'incapacité du parlement à incarner une volonté générale et l'absence du thème de la souverainté nationale dans la campagne du Front de Gauche.

voter_blanc_MRC_2(tract du MRC)

Peu de divergences de fond.

Mais, au delà des formules, quelles étaient précisément les divergences de fond entre le Front de Gauche et le MRC ? Le Front de Gauche dénonce le démantèlement des services publics (nationaux) et la mise en concurrence des territoires par l'interdiction de tout entrave à la libre circulation des capitaux. De plus, les tracts de la campagne du FdG s'en prennent à... Nicolas Sarkozy, thème hexagonal par excellence. Le FdG méconnaît-il vraiment "le ressort que peut constituer l’exercice de la souveraineté nationale" comme le prétend J.-P. Chevènement ? A l'inverse, les positions du MRC dans la négociation avec le Front de Gauche étaient axées sur la régulation de la mondialisation, l'Europe sociale et l'Europe en tant qu'acteur stratégique et solidaire dans un monde multipolaire. Le MRC s'est prononcé pour une gouvernance économique de la zone euro et pour l'abrogation des lois Sarkozy sur l’immigration. En fait, on pourrait chercher longtemps des raisons idéologiques à l'absence d'accord entre le FdG et le MRC sans les trouver.

Le Front de Gauche, une alliance sur le long terme ?

Comme souvent, les textes officiels restent à la surface sans expliquer les raisons profondes. Qu'il soit écrit "on ne fera pas l'Europe sans et à plus forte raison contre les nations" ou non dans le programme du FdG n'est certainement qu'un pretexte. Les faits sont tétus car avec ou sans cette phrase, les ambitions politiques du Front de Gauche s'axent à la fois sur la défense des acquis nationaux et la perspective de conquêtes sociales européennes, comme le MRC justement.

Pourquoi en est-on donc arrivé là ? Il ne faut pas penser que les acteurs politiques ont une vision qui ne dépasse pas le prochain rendez-vous électoral. Projetons-nous dans l'avenir à moyen terme du FdG, après un bon score aux prochaines élections. Quels sont les alliés fiables qui vont tenter de cimenter l'unité du FdG ? Il est fort probable qu'à la prochaine élection présidentielle J.-P. Chevènement soutienne le ou la candidate PS. La presse pourrait alors refléter l'image d'un FdG "éclaté" ou incapable de s'unir durablement et ce serait un mauvais départ pour une campagne. Or, pour construire une alliance durable à gauche, il est nécessaire dès l'élection européenne de constituer un noyau solide. Le FdG, s'il veut prétendre sérieusement incarner un renouveau politique, n'a peut-être pas intérêt (en tous cas le croit-il) à s'allier temporairement avec un ancien ministre de François Mitterrand dont la science des formules aurait pu attirer sur lui les micros et les caméras. Le Parti Communiste qui est l'arrête centrale (et discrète) de la coalition a besoin d'une alliance capable d'incarner une forme de refus constructif et solide pour se démarquer du Nouveau Parti Anticapitaliste et assurer sa crédibilité. Les choix du Front de Gauche sont donc tout à fait compréhensibles et cohérents. Nous verrons le 7 juin au soir si un deuxième "pôle de gouvernement" est en train de se constituer à gauche ou si le Front de Gauche est une union sans lendemain.